Marchand de tapis !

Alors que le soleil a fait son retour ces derniers jours, il est temps à nouveau pour ce blog de rayonner également sur l’humanité (un peu d’humilité pour se remettre en jambe dans la rédaction ! C’est toujours efficace.)

Le sujet que je vous propose aujourd’hui est central dans la vie d’un chercheur, et a fortiori dans celle du doctorant, il s’agit des « publis » !

S’il y a bien un mot qui alimente toutes les discussions du monde de la recherche et qui hante l’esprit de l’apprenti chercheur qu’est le doctorant, c’est bien celui-ci. Il y  a plusieurs raisons, certaines plus légitimes que d’autres :

  1. De manière générale, il s’agit du produit final de la recherche, ce qui vient conclure en quelques lignes plusieurs mois (voire années) d’un travail scientifique depuis l’émergence d’une idée, sa formulation opérationnelle, sa mise en place concrète, sa réalisation, l’analyse des résultats, l’interprétation des données récoltées ;
  2. C’est de cette façon que les connaissances peuvent évoluer et les débats scientifiques  être alimentés, en rendant publique et en réunissant et confrontant les différents résultats qui peuvent émerger des multiples études sur des mêmes thématiques. En effet, si chacun travaillait dans son coin, ça pourrait amener à refaire des choses qui auraient déjà été faites sans que ça ait grand intérêt, surtout si c’est pour aboutir aux mêmes conclusions (perte de temps, d’argent, etc…) et puis l’absence d’échange ne permet pas de confronter les points de vue afin de remettre en question la validité des connaissances, ce qui est le principe essentiel de la science : une chose est vraie jusqu’à preuve du contraire, tant qu’on a pas pu prouver qu’elle était fausse ! La publication des résultats visent donc à dire deux choses « Regardez ce qu’on trouve ici ! » et « Maintenant voyez si ça peut être faux ! » ;
  3. Et puis après il y a une raison qui a mon sens n’est pas très intéressante, mais plutôt très intéressée : la question des finances. Alors pas dans le sens rémunération directe due à la publication d’un article dans une revue car non, les revues scientifiques ne rémunèrent pas les auteurs, voire parfois elles les font payer pour que leurs articles soient publiés. C’est plutôt dans le sens d’une rémunération indirecte, car le système actuel, notamment celui du monde académique, prend comme critère d’évaluation (Ô combien pertinent…), en vue d’attribuer des financements (ce qui est nécessaire pour faire vivre la science, malheureusement…), le nombre de publication. On peut se dire qu’a priori c’est plutôt bien comme critère, si on considère qu’en effet ça rend compte du processus que je décrivais un peu plus haut, en tant que produit final de la recherche, donc de l’activité d’un chercheur. Sauf qu’une fois qu’on a compris que « publis = argent », on peut vite tomber dans des dérives pas très scientifiques, où finalement l’intérêt financier passe avant l’intérêt scientifique, et c’est ainsi qu’on peut se retrouver avec des milliiiiiiiiers d’articles qui correspondent aux critères des revues, donc sont publiables, mais qui sont parfois totalement désuets d’un point de vue scientifique…
  4. Enfin, en tant que doctorant, du coup cette question des publications est censée être un gage de la qualité de son travail, ça fait partie de ce qu’on regarde quand on évalue une thèse, et parfois même on ne peut pas soutenir sa thèse tant qu’on a pas publié d’articles (ça dépend des politiques des Ecoles Doctorales, c’est le cas dans la mienne par exemple). Donc il faut publier. Ça on vous le met rapidement en tête dès le début de la thèse, ça devient parfois une obsession du coup.

Pour vous illustrer un peu le parcours du combattant que peut représenter le processus de publication pour un chercheur, j’ai décidé de vous parler de mon expérience (évidemment, c’est un peu le but)  : parcours jalonné d’obstacles et difficilement couronné de succès. (le ton est donné. La joie et le bonheur puissent-ils ne pas totalement déserter cet article !)

L’histoire se passe à une époque lointaine, celle où les rêves et l’espoir faisaient encore le quotidien du chercheur en herbe que j’étais. Un beau matin ensoleillé, et alors que la thèse semblait avancer à bon rythme (ou presque), j’ai décidé de m’atteler à une tâche qui avait été victime depuis plusieurs mois de ma procrastination (Oui oui ! Tout à fait ! Vous avez totalement raison ! C’est la même qui s’attaque aussi à ce blog ! Elle est forte et polyvalente ma procrastination hein ?!).

todoface

(oui j’ai un air un peu débile. Passons.)

Et donc l’évidence s’imposa.

to do list

J’arrive donc à surpasser mon auto-sabotage de procrastinateur expert (en général, dire à sa directrice de thèse « je vous propose une version d’article dans 10 jours », ça peut aider) et je me lance à coucher sur le papier (enfin sur le papier virtuel d’un document Word serait plus exact, mais moins poétique) mes idées, à décrire l’étude et ses résultats et à en proposer des interprétations. S’en suit un certain temps de va-et-vient entre mes directeurs de thèse, les autres collaborateurs à l’étude et moi, où chacun propose des modifications (parfois pas du tout cohérentes d’une personne à l’autre, voire totalement opposées, et parfois même une personne propose quelque chose et son contraire la fois d’après) et moi qui adapte la version du manuscrit (c’est ainsi que ça s’appelle, même si les mains n’interviennent dans la production que pour taper sur les touches en plastique d’un clavier d’ordi) jusqu’à ce qu’on aboutisse à une version finale, compromis satisfaisant de chacun des points de vue.

L’étape suivante, c’est la soumission de l’article à une revue, préalablement choisie en fonction de l’adéquation entre sa ligne éditoriale et la thématique de l’article (on ne soumet pas un article sur l’évolution de la situation géopolitique de Rovaniemi, capitale de Laponie (on n’en parle pas assez) dans une revue qui traite de la nutrition du nouveau-né. Ça semble évident, mais ça peut être complexe… On peut parfois être sur des thématiques qui sont à la frontière entre deux domaines).

Il faut savoir qu’il y a plusieurs types de revues scientifiques. Les revues à CDL (comité de lecture) et les revues sans CDL. En gros, les bonnes revues, et les moins bonnes. Le CDL c’est justement le point « discussion de la validité des résultats » : la revue sollicite l’avis de chercheurs compétents voire experts du domaine de l’article soumis afin de savoir si scientifiquement, ça tient la route.

Donc, remettons nous dans le contexte, nous venons de soumettre notre petit article sans prétention (PASP) à une revue avec CDL.

Et puis c’est là que le cauchemar commence…

De longues journées passent à consulter obsessivement sa boîte mail dans l’attente anxieuse d’une réponse sur l’acceptation de notre PASP, les nuits d’insomnies sont ponctuées de rêves mettant en scène des revues par centaines affichant notre nom (bon je grossis le trait évidemment… La réalité en ce qui me concerne, c’est plutôt de se réveiller au milieu de la nuit, et de penser « j’ai peut-être reçu un mail !!!! », parce que la plupart des revues sont américaines, et avec le décalage horaire, on reçoit généralement les réponses au beau milieu de la nuit). Sans savoir que pendant ce temps, notre PASP est évalué, décortiqué, maltraité, démembré. Par les éditeurs dans un premier temps (et les choses peuvent rapidement prendre fin quand ils décident que l’article ne rentre pas dans la ligne éditoriale de leur revue) puis par le CDL, dont l’objectif est de dire « c’est nul parce que… » et d’enchaîner les raisons, certaines plus pertinentes que d’autres, pour dire que finalement votre travail aurait mérité de ne pas être fait et que vos parents auraient vraiment contribué au développement de l’humanité en ne vous mettant pas au monde si c’était pour l’abreuver de choses aussi abjectes et insignifiantes que ce que vous avez l’insolence de soumettre à leur intellect supérieur (bon là encore j’exagère évidemment… Ils sont parfois sympas et soulignent les aspects positifs, avant de balancer le truc sur les parents (j’exagère toujours trop…)).

Et donc un beau jour, souvent looooongtemps après le jour de la soumission (ça se compte au minimum en semaines, plus souvent en mois), tellement longtemps qu’on a fini par vivre avec sans y penser, ça refait irruption dans votre quotidien par l’intermédiaire d’une petite sonnerie sur votre smartphone indiquant l’arrivée d’un nouveau mail.

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Et là… Vous avez la réponse. Sachant que le taux d’acceptation est souvent inférieur à 30% (ça dépend évidemment des revues, en fonction de leur notoriété, leur fréquence de parution, etc…), vous avez souvent plus de chances de vous retrouver avec un message tourné bien sympathiquement pour vous dire « bien tenté, mais oubliez nous. Rapidement. S’il vous plaît. ». Mais si sympathiquement que la première fois j’ai vécu un ascenseur émotionnel, le début du mail était tellement positif que ça créait un optimisme intense et instantané, jusqu’à ce que la phrase « au regard des critiques des experts, votre article ne sera pas publié ». Rideau.

La suite du mail contient les critiques des « reviewers » (les experts du CDL), parfois très exhaustives avec des indications précises sur des modifications pour rendre le travail plus valide. Et parfois, se réduisant à très peu de choses (cf. la phrase sur l’erreur de vos parents).

Une fois essuyé sa propre déception, les critiques intéressantes amènent à reconsidérer l’article, on se relance alors dans le va-et-vient entre les différents auteurs et ainsi de suite jusqu’à resoumettre un nouveau produit fini à une nouvelle revue. Les refus peuvent s’enchaîner et le processus peut être ainsi répété plusieurs fois… Voire de trop nombreuses fois (c’est normal apparemment, on l’apprend en le vivant, mais la publication d’un article passe souvent par plusieurs refus avant de trouver preneur).

Et finalement, en retravaillant après chaque refus, ce qu’on soumet change petit à petit de visage. Donnant l’impression de travestir un peu les choses, de les déguiser, les maquiller pour les rendre plus attrayantes. Un vrai travail d’artiste pour rendre plus esthétique son travail, le faire coller aux attentes que le public (les revues) peut en avoir. Une tentative de séduction à chaque nouvelle soumission, avec l’impression d’être un peu un vendeur de tapis qui fait du porte-à-porte : personne n’a a priori besoin de son tapis, mais tout son travail réside dans le fait d’arriver à implanter l’idée qu’en fait si ! vous attendiez ce tapis sans le savoir, en vantant ses mérites, sa texture, sa résistance, sa beauté, et en dissimulant ses défauts.

Finalement essayer de publier quand on est chercheur, c’est un peu comme être un vendeur de tapis qui dirait « voici l’article que vous attendiez tous ! Regardez comme il est beau… ».

 

vendeur de tapis
Alors, quelqu’un veut de mon tapis ?

Bravo d’être arrivé au bout de cet article. A bientôt !

 

Un chercheur en herbe.

 

PS : Vous pensez que c’est mon vrai sujet de thèse ? 🙂

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Sacré Charlemagne !

Bonjour à vous chers lecteurs,

Nous voici à nouveau réunis aujourd’hui, pour notre plus grand plaisir n’est-ce pas, afin de partager une nouvelle tranche de vie du doctorant.
Quel sujet plus à propos en cette fin de mois de septembre 2015, que celui de la rentrée universitaire. Car oui, à l’heure où les feuilles jaunissent à vue d’œil, où les shorts et débardeurs cèdent volontiers leur place aux écharpes et autres doudounes à fourrures, où les écoliers et étudiants retrouvent tranquillement, et souvent avec une forte appréhension, les salles de cours pour une nouvelle année qui s’annonce riche en acquisition de connaissances et en apprentissages en tout genre, le doctorant lui voit sa boite mail se remplir à nouveau, après plusieurs semaines voire quelques mois de répit, correspondant au temps de trêve estivale de l’enseignement supérieur (les indications chronologiques sont volontairement imprécises… Histoire d’entretenir le mythe unanime des vacances interminablement infinies dont jouissent les chanceux de la fonction publique.). Ainsi, quotidiennement lui parviennent des messages tous plus universitaires les uns que les autres : des newsletters culturelles et sportives des RH de l’université, aux annonces des vœux et encouragement au travail des directeurs d’équipe/labo/institut et des présidents d’université, en passant par l’annonce des événements scientifiques pour l’année à venir, des réunions et séminaires d’équipes mensuels, des présentations des membres fraîchement arrivées au sein des différents services, des propositions de formations proposées par l’école doctorale, et ainsi de suite…

Hormis le fait que tous ces messages signent bel et bien la fin de l’été, et des « vacances » (le mot est entre guillemets car un été doctoral ne peut pas vraiment rentrer dans ce cadre sémantique), et bien une rentrée des classes pour un doctorant, c’est pas aussi sympa qu’une rentrée des classes tout court.

Oui, je regarde un peu avec nostalgie toutes ces années scolaires et universitaires écoulées… Sur les 22 rentrées à mon actif (oui… J’ai fait les comptes… VINGT DEUX ANNEES D’ETUDES ! A ce stade, je crois que je souffre d’une maladie rare, connue sous le nom du syndrome de l’écolier chronique.), celle-ci ne m’a pas apporté son lot d’émotions fortes, mélange complexe de stress et de joie. Je n’ai pas eu la petite boule au ventre qui m’empêchait de dormir les veilles de rentrées, et qui associée aux séquelles du rythme de sommeil des « grandes vacances », me faisait afficher des yeux cernés de noir dignes d’un maquillage gothique ! Terminées l’appréhension, les interrogations en boucle sur « qui je vais avoir en Histoire Géo ? », « j’espère que j’aurai mon BFF dans ma classe ! », « à côté de qui je vais m’asseoir ?!!! » (question éminemment importante. La réponse conditionnait souvent un an de vie sociale quotidienne. A ne pas prendre à la légère donc !). Finie également la fierté de faire son plus bel effet en exhibant sa nouvelle tenue et en arrivant à l’école équipé de ses Air Max toutes neuves au bout des pieds, qu’on était interdit de porter avant la rentrée, mais qu’on enfilait quand même secrètement pour faire des allers-retours dans les couloirs de la maison histoire de se mettre l’eau à la bouche…

Non, cette année, pas de surprise ! On prend les mêmes et on recommence simplement. Un doctorant, dans un même bureau, avec une même directrice de recherche, qui reprennent le cours des choses là où ils s’étaient arrêtés quelques temps auparavant, afin de poursuivre l’histoire d’une thèse…

A bientôt,

Un chercheur en herbe

PS : à défaut d’un dessin (vu la réussite du dernier que je vous ai proposé, j’ai décidé de donner un peu de vacances à mon talent artistique…), voici une chanson d’illustration !

https://www.youtube.com/watch?v=j2Sgqhcqwwc

Vous pouvez embrasser la mariée !

vous pouvez embrasser la mariée

Salut à vous chers lecteurs !

Pour faire dans l’originalité, je n’aborderai pas l’abandon virtuel dont vous avez été victimes au cours de ces longs mois depuis mon dernier post. Promis. (Certes… Dire qu’on en parle pas, c’est déjà en parler. Effectivement !)

Bon… Ok si vous insistez ! Mais alors de façon très brève, et je m’y tiendrai !
J’espère et je souhaite pouvoir revenir plus longuement sur ces neufs mois écoulés, au cours desquels beaucoup de choses se sont passées ! Car oui, on pourrait penser que le lourd et interminable silence dont a souffert ce blog ces derniers temps était synonyme de néant, de vide, d’inactivité dans ma vie de thésard (« Il a sûrement rien à raconter finalement… »), mais il n’en est rien, bien au contraire je dirais même ! J’ai été totalement pris dans la spirale de la thèse, qui, telle une pieuvre, m’a enveloppé de toutes ses tentacules (et il y en un nombre infini ! Toujours une qui sort de nulle part et à laquelle je ne m’attendais pas !) et s’est accaparée toute mon énergie vitale, ne me laissant le loisir de me ressourcer que lors de ces vacances estivales que je me suis accordées. Et donc… Me revoilà ! Tentant tant bien que mal à domestiquer ma petite pieuvre de thèse, ma Gorgone à moi…

Et la raison de mon retour parmi vous est en grand lien avec ce que j’ai vécu tout au long de ces mois d’absence, qui s’est installé subrepticement, sournoisement, pour se renforcer de jour en jour, à devenir totalement omniprésent ! C’est qu’elle est forte cette Gorgone…

Au début, on lui fait confiance, on la trouve charmante, on a envie de s’y dévouer totalement. Et puis finalement on se rend compte qu’on est pris dans ses filets, seul, avec un spectre qui nous accompagne au quotidien.
Si je devais utiliser une image pour essayer de traduire ce que j’ai vécu, je prendrais celle d’un explorateur solitaire inexpérimenté, s’engouffrant dans l’immensité de l’océan pour la première fois, sachant que quelque part sur son chemin, il y a un continent paradisiaque, mais ne sachant pas quand il va l’atteindre, ni ce qu’il trouvera en chemin, ni comment son petit bateau doit avancer !

Le doctorat, c’est un peu ça… On sait qu’à la fin, on aura écrit une thèse, qu’on l’aura soutenue. Mais d’ici là… Le chemin est long, est les étapes pour y arriver pas toujours très claires d’emblée. Et c’est une aventure éperdument solitaire… Le doctorant, seul, face à sa thèse. Ou seul AVEC sa thèse. Car oui… Vient un moment au cours du doctorat ou la thèse est totalement personnifiée. Elle devient une entité propre, dont on parle comme d’une personne, avec laquelle on entretient une relation passionnée, avec des hauts, des bas. Des hauts très hauts, et des bas très bas. On l’aime, on la déteste, on l’insulte, on la chérit, on a parfois envie de la quitter même. On est uni à elle. Pour le meilleur et pour le pire. Dans la santé comme dans la maladie. Dans la joie comme dans la peine. Dans la richesse et dans la pauvreté. Ma thèse, ma Gorgone, c’est mon épouse fidèle.

Bien entendu, pour ma part en tout cas, la recherche en thèse implique d’autres personnes. Des patients qui participent à nos études, nos directeurs de thèses, les autres chercheurs que l’on peut rencontrer, les autres thésards, etc… Mais, en ce qui me concerne, je suis seul au front !

Il y a deux façons de voir les choses finalement. L’une, assez noire, qui noterait que c’est quand même pas très fun de se retrouver tout seul à travailler et gérer un tel projet. A plusieurs, ce serait cool aussi… L’autre,  très positive, décrirait l’épanouissement professionnel et l’accomplissement personnel, de penser, élaborer, construire, mettre en place et réaliser pour la première fois une recherche scientifique. Concentrons nous sur ce point de vue quand ça devient difficile…

Finalement, je me demande si ce n’est pas une sorte de rite d’initiation que subit tout aspirant chercheur, le premier commandement du Dieu de la recherche : tu chercheras d’abord dans la solitude ! Et ensuite, tu pourras travailler avec les autres !

A bientôt,

Un chercheur en herbe

PS : non ce dessin n’a pas été fait par un enfant de 4 ans. La reprise est dure. Soyez indulgents ! 🙂

Vive le vent d’hiver…

Bonjour à tous !

Après moins d’un mois d’absence, me revoilà ! Net progrès dans la fréquence de publication n’est-ce pas ?
Bon la période pré-vacances de Noël fut un peu chargée, l’envie et la nécessité de boucler plusieurs choses avant de ne plus pouvoir avoir accès aux locaux de l’université fermés pour deux semaines. Et du coup… D’être en VACANCES !

Les vacances de Noël pour un thésard (en première année en tout cas) ont une toute autre saveur que celle des autres années, de Licence et de Master notamment. Ça devrait d’ailleurs être mentionné dans les descriptifs du Doctorat, c’est un véritable argument qui convaincrait bon nombre d’hésitants à se lancer dans ces trois années d’étude supplémentaires.
Là où le petit étudiant de Licence et de Master fait rimer « réveillon » avec « révision », où l’idée de faire la fête pour Noël et la nouvelle année est en dissonance totale avec celle de réussir ses partiels et donc par extension de réussir sa vie (l’étudiant que j’étais n’était pas du tout dramatique et savait nuancer les choses comme vous le voyez…), où chaque minute qui passe pendant ces deux semaines de trêve hivernale rapproche un peu plus le malheureux de l’échéance finale des examens et des rendus d’écrits en tout genre (dossiers, mémoires, rapports, etc…) ; le thésard lui se réjouit à l’idée de deux semaines d’oisiveté méritée (si si dans le fond…) après son dur labeur de ce début de parcours, première pause appréciable et imposée par le fonctionnement universitaire (je vous assure que le fait de fermer les locaux de la fac pendant deux semaines amène vraiment à se dire « bon bah quitte à être chez moi… autant pas travailler ! »). Bon, le thésard garde en tête toutes les choses qui sont encore à faire ou qui sont en cours, mais… Il arrive plus facilement à se mettre en accord avec sa conscience pour prendre quelques jours de détente !

C’est ainsi que je vous souhaite à tous une très belle fin d’année 2014 avec des fêtes qui se passeront comme vous le souhaitez !

De mon côté, vous l’aurez compris, je fais une pause. Universitaire j’entends ! Mais peut être peut-on s’attendre à ce qu’un célèbre habitant de Laponie soit de passage par ici et fasse quelques présents au cours des deux semaines à venir. (Beh oui ! Prendre du temps pour moi, c’est aussi prendre du temps pour ce blog !)

A très bientôt alors…

Un chercheur en herbe.

On n’est pas couché

Bonjour… Y a t-il encore quelqu’un ? Hééééé hooooooo…
Aaaah… Vous voilà ! Bon… Je suis désolé d’avoir dû m’absenter un peu (l’art de la minimisation).

OK ! Ca fait juste trois mois que j’ai disparu de la circulation. Soit ! Mais rassurez-vous. Me revoilà. Enfin pour le moment en tout cas. Donc finalement, profitez de ma présence !

Pour être bref, disons que je suis allé rendre visite à « thesard », l’auteur du fameux blog éphémère, et qu’il est un peu collant et a bien failli ne jamais me laisser partir ! Mais… C’est du passé. Faisons un peu de psychologie positive. Ne ruminons pas le négatif (en l’occurrence les raisons de mon absence de courte durée (toujours cette maîtrise de la minimisation, vous avez vu ?)), et abordons des choses plus positives : concentrons-nous donc sur ce qui m’amène aujourd’hui !

Enfin des choses positives… Je vous laisse plutôt en juger par vous-mêmes d’ici la fin de cet article ! En tout cas positif dans le sens où ça m’amène à reprendre la rédaction de ce blog (mais si, c’est ultra positif ! Souvenez-vous ! L’intérêt pour « l’humanité et la postérité » ! En tant que lecteurs assidus, je suis étonné d’avoir à vous rappeler tout ça. Bref !)

Donc le positif ! (c’est dur en fait la psychologie positive hein. On revient toujours plus facilement au négatif ! Aller aller, un petit effort !)
Et ce qui m’amène aujourd’hui c’est un événement que j’ai vécu récemment. Il y a deux semaines pour être précis, et je sais que vous êtes friands de précisions, n’est-ce pas ?

J’ai en fait assisté à ma première soutenance de thèse (oui, seulement la première… J’ai eu d’autres occasions auparavant mais toujours un peu de difficultés à m’y rendre, que ce soit d’ordre organisationnel (les soutenances à 8h du matin, c’est légal ça ?) ou motivationnel (voir un travail abouti lors d’une soutenance ça te renvoie au fait que tu es loin d’avoir abouti le tien justement !)). Et j’ai donc à l’occasion de cette soutenance, découvert en quoi consistait cette cérémonie un peu mystique dans la représentation qu’on peut en avoir. En tout cas, dans ma représentation jusqu’alors. Il était temps donc de m’y frotter un peu et de voir ce dont il s’agissait !

Pour vous poser le décor, c’était la soutenance d’une camarade, sous la direction de la même directrice que moi et qui terminait sa quatrième année en travaillant sur un sujet fort important : l’impact dans la famille de la maladie chronique rare de l’enfant. Un sujet vraiment intéressant je vous disais.
J’avais eu l’occasion il y a quelques mois d’assister à la présentation de l’avancée des travaux de cette camarade, et ça avait suffit à me convaincre qu’il fallait que je mette de côté toutes mes réticences à voir un travail abouti, pour me concentrer sur l’intérêt du sujet, qui en l’occurrence me plaisait. Et puis, argument supplémentaire, on m’avait plusieurs fois conseillé de me rendre à des présentations en tout genre, notamment des soutenances, pour voir comment ça se passait, apprendre un peu le métier en somme.
Me voilà donc frais et pimpant de bon matin un vendredi, arrivant dans LA Salle de la fac dédiée aux soutenances, salle où j’avais moi-même pu soutenir mon projet il y a quelques mois à l’occasion du concours doctoral (quoi ? Je vous en ai pas encore parlé ! Rhoooo j’ai tellement de choses à vous raconter en fait ! Pourquoi suis-je resté muet pendant 3 mois ???!!!!). La Salle, vous l’aurez donc compris, où TOUT se passe, dans laquelle je remettais les pieds pour la première fois depuis le concours, non sans une certaine émotion…

Et en entrant, je me rends compte que l’image que je m’étais faite d’une soutenance était assez loin de la réalité finalement : déjà, du fait de la date et de l’heure de la soutenance, peu de public (nous devions être 5 ou 6 en tout) ; bien entendu pas de tenue de rigueur (j’avoue que j’avais hésité un petit moment sur mes vêtements le matin même… Mais j’avais laissé la chemise au placard, au risque, finalement non avéré, de détonner avec le reste du décor et de la salle !) ; une ambiance, bien qu’un peu tendue (oui c’est quand même un grand moment mine de rien), qui reste chaleureuse et souriante. Bref, bien moins solennel que je pouvais l’imaginer.

Je m’installe, et attend que le spectacle commence…
Le président du jury, entouré par les autres membres du jury dont deux personnes qu’il présente comme les « rapporteurs » (je connaissais le mot pour l’avoir déjà lu, mais je ne savais absolument pas quel était le rôle de ce statut. Mais je n’allais pas tarder à le découvrir…), la directrice et le co-directeur de thèse de la soutenante complétaient la scène.

La soutenante prend la parole, présentant l’équivalent de quatre années de travail condensées en une trentaine de minutes (oui on peut se dire « tout ça, pour ça ! »). La diapositive « Merci de votre attention » apparaît, les applaudissements se font entendre, récompense méritée, comme le point final du travail de recherche du thésard. Et c’est à ce moment que j’ai eu l’impression de changer instantanément de lieu et de décor…

Je me suis retrouvé en l’espace de quelques secondes sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché », présentée par Laurent Ruquier. Enfin, en tout cas c’est ce que j’avais vu jusqu’à ce jour, qui ressemblait le plus à ce qui s’est passé ensuite, dès lors que les fameux « rapporteurs » (en l’occurrence des « rapporteuses »…) ont pris la parole. Ces deux personnes se sont soudainement transformées en Zeymmour et Naulleau, les (ex) chroniqueurs assassins de l’émission, dont le rôle consistait exclusivement essentiellement à mettre à mal les œuvres, travaux et autres productions en tout genre des invités. Bon, parfois à juste titre. Mais toujours avec une violence verbale percutante, des mots choisis pour faire des critiques qui n’était jamais que très rarement constructives et formulées dans auncun autre intérêt que de finir dans le zapping et faire le buzz. Mais c’est le jeu de la télévision, ceux qui étaient invités acceptaient, tacitement en tout cas, de se voir traités de la sorte, et avaient aussi un droit de réponse !

Lors d’une soutenance de thèse, voilà ce qui arrive donc aussi : votre travail est décortiqué, dépouillé, analysé, inspecté, à la virgule et à l’apostrophe près. On vous demande des justifications sur tout, des choses que vous avez parfois rédigées il y a un petit moment déjà, voire depuis plusieurs mois ou années (et oui, 200 pages de thèse, en général ça s’écrit pas la semaine d’avant la soutenance ! ), on vous précise des numéros de pages, de lignes, de mots dans une phrase pour laquelle le jury a une incompréhension, ou simplement une question, un point sur lequel il souhaite un éclaircissement…
Vous êtes mis à nu devant une assistance soutenante mais impuissante.

Mais… Ce moment de torture est là aussi librement consenti quelque part.

Alors certes en s’inscrivant en doctorat, on ne tombe pas sur une clause stipulant « En signant ce document j’accepte que dans 3 ans, tout le travail réalisé dans le cadre de la recherche de thèse puisse être violemment secoué, bousculé, rendu minable par des experts du domaine dans lequel s’inscrira la thèse. Que les heures, jours, mois et années passés à faire avancer les connaissances dans ce domaine devront être résumés en quelques minutes, afin de ne surtout pas trop mettre en avant l’investissement personnel, voire le sacrifice, dont ce travail aura été l’objet. Par ailleurs, je choisirai soigneusement moi-même les bourreaux. » (car oui, c’est le thésard qui constitue son jury. Avec certains regrets parfois donc !)
Mais, on a l’occasion d’en prendre conscience petit à petit, notamment en assistant à d’autres soutenances, en participant à d’autres présentations, en présentant soi-même à d’autres occasions, donc on sait quand même un peu à quoi s’attendre.

Et puis… De l’avis d’autres avec lesquels j’ai pu échangé sur ce que j’avais vu, en général, les soutenances se passent sans encombres. Déjà parce que justement on constitue soi-même son jury (il faut donc être sûr de ses choix…), et puis aussi parce qu’une fois qu’on est autorisé à soumettre, c’est justement que les rapporteurs ont donné un avis favorable après avoir analysé (« décortiqué, dépouillé, inspecté à la virgule et à l’apostrophe près ») le manuscrit de thèse qu’on leur a soumis. Sauf que, parfois les avis favorables sont un peu traîtres visiblement !

Pour que vous sachiez le dénouement de cette soutenance, une fois le moment de torture fini (ça a quand même durée plus d’une heure et demie.), la parole est passée, les directeurs ont pu rendre hommage au travail et à la personne, en mettant en avant justement les difficultés du parcours, donner des indices sur le déroulement de ces années de doctorat qui s’achevaient quelques minutes après. Le jury est laissé seul pour délibérer. Nous sommes invités à rentrer pour l’annonce du verdict : « Mademoiselle, en tant que président du jury je vous décerne le titre de docteur en psychologie ». Félicitations. Des frissons. Des applaudissements. Encore. Et encore.

Et un jeune chercheur en herbe, loin d’avoir abouti son propre travail de thèse (normal, certes !), très impressionné de ce qu’il vient de vivre, sûr d’avoir fait le bon choix en se frottant au doctorat.
Un petit voyage dans le temps imaginaire au cours duquel il s’entend dire la phrase de fin de soutenance (avec « monsieur » à la place de « mademoiselle » quoi. Enfin si possible en tout cas ! Je vais pas non plus faire le difficile…).

C’est définitivement une aventure qui en vaut la peine. Alors continuons à raconter (avec plus d’assiduité et une fréquence plus élevée ? Pourquoi pas oui…) toutes les choses qui font cette belle histoire…

A très vite alors (si si si. On y croit. Psychologie positive !)

Un chercheur en herbe.

PS : j’ai volontairement terminé le récit de la soutenance avec l’annonce du jury, LA phrase tant attendue et espérée. L’effet dramatique en est d’autant plus fort. Une tentative de restituer virtuellement la force du moment vécu dans la réalité.
Mais ça ne s’arrête pas là en fait une soutenance. Juste après, y a un moment qui est aussi très très trèèèèès attendu et que j’ai découvert à cette occasion… LE POT DE THÈSE ! De quoi me donner envie d’aller plus souvent voir des soutenances du coup ! C’était peut-être la première d’une longue série donc.

« J’irai au bout de mes rêves ! »

Quand on accède enfin à la recherche universitaire, après un long parcours, on a un certain enthousiasme résultant notamment de l’ambition à faire avancer les connaissances et les pratiques, parce qu’en tant que chercheur (novice ou confirmé), on sait que la portée et les retombées de certains résultats  peuvent être très importantes. Pourtant, ce n’est pas évident pour tous les non-initiés, et cet enthousiasme du chercheur est parfois difficile à communiquer…. Notamment en psycho…

Ainsi, lorsqu’on répond à la banale question fréquemment posée : « Et toi ? Tu fais quoi dans la vie ? », on vit parfois un grand moment de solitude.
Les événements suivent alors un scénario bien ficelé. Il y a tout d’abord une grande réaction d’étonnement, suivi de la question fatidique : « mais… ça existe la recherche en psycho ? Je savais pas… Et ça sert à quoi en fait ? Vous cherchez quoi ? »
A partir de ce moment là, deux solutions possibles sont à envisager pour la personne interrogée :

  • se lancer dans une explication synthétique (au possible) avec un argumentaire digne des meilleurs entretiens de motivation pour mettre en évidence aux oreilles de(s) auditeur(s) l’intérêt de la recherche en psychologie, en précisant que ce n’est pas QUE la psychanalyse et qu’elle peut avoir recours à des méthodologies très rigoureuses, même en psychologie clinique, afin de mieux comprendre les mécanismes psychologiques et de développer la prise en charge des nombreux troubles et perturbations psychologiques. En bref, réussir à faire entendre qu’en psychologie clinique, on cherche pour aider les gens qui vont pas bien (version abrégée. A n’utiliser qu’en cas d’extrême urgence.) ;
  • laisser couler en esquissant un sourire courtois.

Mais le risque qu’on prend en choisissant la solution numéro 2 (dite « de facilité ») c’est de vivre des moments qui nous feront regretter ce choix de ne pas avoir cherché à redorer l’image de la recherche en psycho, des moments où on comprend aussi l’origine de la réaction d’étonnement initiale de nos interlocuteurs en apprenant qu’on fait de la recherche en psycho…

 

 

 

utilité recherche en psycho1

 

 

 

 

 

 

 

 

utilité recherche en psycho2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ordi3

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est là que toutes ces images nous reviennent et que les regrets nous submergent…

 

 

 

 

 

 

 

 

utilité recherche en psycho4

L’été de grâce.

L’avantage avec le fait d’avoir terminé le M2R en juin et d’avoir obtenu un financement pour la thèse début juillet, c’est qu’on a une vision claire de ce que sera notre vie durant les trois prochaines années. Et pour ma part c’est sûrement le meilleur anxiolytique. On a l’impression de vivre un été en suspension. Un peu comme si les compteurs étaient remis à zéro et qu’on attendait que ça commence, en savourant chaque moment. Sauf que cette attente n’est pas du tout inconfortable, on est dans une sorte d’état de grâce absolue… Et puis un beau jour…

fin de l'été titre

 

 

 

 

sous titre

Fin ete 1

 

 

 

 

 

 

Fin ete 2

 

 

 

 

 

Fin ete 3

(NB : Etant donné les conditions météorologiques de cet été 2014, je crois qu’on peut même aller jusqu’à considérer qu’il n’a jamais vraiment commencé. On a plutôt vécu une sorte de pré-automne…)